par Félicité Schuler-Lagier, Interprète-conférencière au Centre international du Vitrail
avec l’aimable autorisation de Chartres Sanctuaire du Monde

 

(suite et fin)

On réserve le nom de châsse (de capsa, boîte) à un reliquaire renfermant en principe le corps entier d’un personnage saint, qui pouvait dès lors être de grande dimension. Le fait que ce genre de sarcophage-reliquaire pouvait être porté processionnellement en certaines circonstances, lui a donné le nom de fierte (de feretrum, brancard). (Fig. 12)

(fig 12) Le sarcophage-reliquaire contenant les reliques de saint Étienne est transporté sur un brancard recouvert d’un tissu précieux. Un petit diablotin furieux en haut à gauche du vitrail cherche vainement à empêcher l’arrivée des restes de ce grand saint à Constantinople (Baie 13 Saint Étienne) © NDC-fonds Gaud

Beaucoup de ces châsses et reliquaires étaient exposés sur une tribune des corps saints, qui s’élevait au fond de l’abside, comme c’était aussi le cas à Chartres. Une telle tribune de corps saints est figurée sur un panneau du vitrail de Charlemagne (Fig. 13). Les fidèles, lors des pèlerinages, aimaient non seulement voir les reliquaires, mais aussi les toucher et pouvoir en faire le tour. Certains rituels prévoyaient de passer sous une châsse ou de l’embrasser.

(fig 13) Charlemagne (Carolus) devant une tribune des corps saints, sur colonnettes, à Constantinople. Selon la légende, Constantin lui aurait offert, sur sa demande, des reliques insignes de la Passion, dont la couronne d’épines et un clou de la croix (Détails Vitrail de Charlemagne, baie 07) © NDC-fonds Gaud

À Chartres, la relique de la chemise de la Vierge attirait particulièrement la dévotion de l’aristocratie. Surtout en temps de guere, les chevaliers partant au combat avaient pour habitude, au cours de leur pèlerinage à Chartres, de mettre en contact leur propre chemise avec la Sainte Châsse, espérant ainsi se protéger des mauvais coups. Pour s’assurer de la protection des saints, les chevaliers pouvaient aussi insérer des reliques dans les pommeaux de leurs épées : la Chanson de Roland nous rapporte que l’épée de Roland contenait différentes reliques, dont un morceau d’un vêtement de la Vierge. Nous voyons dans une scène du vitrail de Charlemagne, comment Roland, près de mourir, essaie de briser son épée, afin qu’elle ne tombe dans les mains d’aucun infidèle. (Fig. 14)

(fig 14) Roland, dans un ultime effort, avant de sonner le cor, essaie de briser son épée Durandal, mais c’est le rocher qui se fend (Détail vitrail de Charlemagne, baie 07) © NDC-fonds Gaud

Les saints représentés dans les vitraux, et les miracles qu’ils avaient réalisés, de leur vivant comme après leur mort, rappelaient aux fidèles du Moyen Âge l’efficacité des reliques présentes dans la cathédrale, et autour desquelles ils se retrouvaient particulièrement au jour de la fête du saint vénéré. Le saint pouvait, à travers les reliques, manifester sa vertu (virtus) et réaliser des miracles.

C’est pour renouer avec la tradition multiséculaire d’exposition des reliques des saints aux fidèles, qu’à l’occasion de la grande fête de la Toussaint, sont exposés des reliquaires dans le sanctuaire de Chartres, rappelant ainsi la communion des saints.

(fig 15) La grande croix glorieuse faite par Goudji, contenant un fragment de la Vraie Croix.

En 2017, l’évêque de Chartres Michel Pansard a commandé une croix-reliquaire, contenant une relique de la Vraie Croix, pour être exposée aux fidèles tout le long de l’année, à l’emplacement de la croix de l’ancien jubé, à la croisée du transept et dans l’axe de l’autel.

Ce travail, d’une ampleur et d’une technique inédite, a été confié à l’artiste Goudji. Le nouveau reliquaire est réalisé sous forme d’une croix glorieuse en argent, aux dimensions imposantes (1,90 m x 1,60 m), comportant un enchâssement de pierres dures : le cristal de roche givré symbolise la Glorieuse Résurrection du Christ, la sodalite bleue évoque la Vierge Marie, présente au pied de la Croix,
et l’aventurine verte, l’espérance chrétienne. À l’emplacement de la relique, au centre de la croix, ont été sertis du quartz rose et du jaspe rouge, rappelant la Passion du Christ. Cette staurothèque monumentale est désormais suspendue à quatre mètres de hauteur au-dessus du maître-autel et attire les regards des fidèles et des visiteurs dès leur entrée dans le vaisseau. (Fig. 15)

Article original publié dans la Lettre de Chartres Sanctuaire du Monde (mai 2021)