Les abords immédiats de la cathédrale ont subi, depuis que la photographie a pu les visualiser – vers 1847 – de nombreuses transformations.

Elles ont concerné aussi bien le parvis occidental que le cloître Notre-Dame (en particulier du côté sud) et le périmètre situé sur le pourtour de l’abside (que les chartrains connaissent aujourd’hui sous l’appellation de ‘jardins de l’évêché’).

Quelques modifications sont aussi repérables sur la cathédrale elle-même.

Ces photographies surprendront peut être certains habitués du quartier. Remontons dans le temps…

Photographie, 1870-80 – Vendeuses de cierge au portail royal de la cathédrale. En attendant la pose de grilles en fer forgé, la cathédrale est entourée de palissades en bois. Un tel commerce des cierges est à peine toléré par le clergé de la cathédrale – et les autorités civiles. On pourra observer que la cahute dans laquelle est logée l’une des vendeuses est légère, c’est à dire aisément transportable…
Aujourd’hui.
Photographie prise en 1852 par Le Secq – Ce cliché montre le porche sud, avant les restaurations effectuées par Selmersheim, à la fin du siècle.
Aujourd’hui – quatre détails, à la façon du jeu des différences. Un) La façade de l’Hôtel-Dieu n’existe plus : détruit dès 1860/61. Deux) Pour des raisons esthétiques et surtout techniques (infiltrations), les pinacles ajourés au-dessus des porches ont été ‘rehaussés’ d’une assise de pierre: seul cas où les architectes du XIXe siècle se sont permis de modifier le projet architectural du XIIIe siècle. Trois) Les sorties de gouttières, au niveau des gargouilles, ont été réduites. Quatre) Les éléments métalliques qui maintenaient en place les linteaux fracturés (datant probablement XIVe siècle) ont été retirés. À l’intérieur des linteaux, Selmersheim a placé des poutrelles.
Photographie, vers 1900 – Un beau portail du XVIIe siècle permet d’accéder à l’entrée sud de la crypte. Au premier plan, une maison en encorbellement.
Aujourd’hui – ‘Zone de vie’ des chantiers de restauration.
Photographie, 1905 – Le long de la chapelle Saint Piat, les bâtiments de la maîtrise (œuvre des clercs) sont encore visibles. On y trouve la bibliothèque, plusieurs salles de classe et de répétition ainsi que le bureau du supérieur, l’infirmerie et l’intendance. La majeure partie des chambres des internes sont situées ailleurs en ville.
Aujourd’hui – Il ne reste rien de ces bâtiments. On observera que le toit des tourelles de la chapelle St Piat a été modifié, pour correspondre davantage à l’esthétique médiévale.
Photographie, 1906/1907 – Document remarquable, ce cliché montre l’ancienne galerie qui reliait le palais épiscopal à la cathédrale. Elle permettait à l’évêque de se rendre directement de ses appartements privés à l’intérieur du sanctuaire – près de la sacristie. Dans un contexte de réaffectation des bâtiments (la séparation de l’église et de l’état, en 1905, expulse l’évêque du palais, qui devient musée), la galerie apparaît comme une verrue architecturale. Elle est abattue en 1907.
Aujourd’hui. Seules les arcades de pierre ont été sauvegardées. On comprend mieux, en comparant les deux photographies, la raison d’être du passage couvert situé sur le pourtour de la chapelle rayonnante, au premier plan : ce dispositif d’accès ‘privé’ à la cathédrale existait dès le XIIIe siècle.
Photographie prise vers 1910 – On voit encore, au premier plan à droite, les restes du cimetière St Jérôme, ancien cimetière du chapitre, délimité par une grille. Quelques stèles en pierre sont encore debout, au pied de l’arbre.
Aujourd’hui.
Photographie prise vers 1910 – Plus loin de la cathédrale : le marché aux bestiaux. Sur la place, plusieurs hôtels-restaurants, situés à proximité de la gare et du centre ville.
Aujourd’hui – Un parking souterrain a été construit.
Cette place a toujours offert l’un des meilleurs points de vue sur la cathédrale. C’est dans l’une des chambres de l’Hôtel du Grand Cerf, d’après les souvenirs de quelques chartrains, que s’est installé Péguy lors de ses deux pèlerinages à Chartres : « Nous avons eu bon vent de partir dès le jour. Nous coucherons ce soir à deux pas de chez vous, Dans cette vieille auberge où pour quarante sous Nous dormirons tout près de votre illustre tour. Nous serons si fourbus que nous regarderons, Assis sur une chaise auprès de la fenêtre, Dans un écrasement du corps et de tout l’être, Avec des yeux battus, presque avec des yeux ronds, Et les sourcils haussés jusque dedans nos fronts, L’angle une fois trouvé par un seul homme au monde, Et l’unique montée ascendante et profonde, Et nous serons recrus et nous contemplerons. Voici l’axe et la ligne et la géante fleur. Voici la dure pente et le contentement. Voici l’exactitude et le consentement. Et la sévère larme, ô reine de douleur. Voici la nudité, le reste est vêtement. Voici le vêtement, tout le reste est parure. Voici la pureté, tout le reste est souillure. Voici la pauvreté, le reste est ornement. Voici la seule force et le reste est faiblesse. Voici l’arête unique et le reste est bavure. Et la seule noblesse et le reste est ordure. Et la seule grandeur et le reste est bassesse. Voici la seule foi qui ne soit point parjure. Voici le seul élan qui sache un peu monter. Voici le seul instant qui vaille de compter. Voici le seul propos qui s’achève et qui dure. »