à propos de la verrière précédente...
 
L’avis (technique) d’un maître verrier : "à Chartres, les peintres sont toujours extrêmement consciencieux quand il s’agit des différents plans et de leur superposition. Si le sommet d’un crâne dépasse de la foule et qu’il y a le moindre ‘vide’ au niveau du sol, on trouvera en général un soulier - qui correspond au même individu.
C’est dire que ce saint Jacques sans pied ne peut pas être une erreur. Une apparition se représente ordinairement à mi corps - sans quoi on ne distingue plus les vivants des fantômes. Pour gagner en réalisme, le maître verrier a toutefois décidé de profiter de l’horizontale du lit, dissimulant (avec une réelle vista artistique) l’inévitable ‘tronçonnage’ du saint.
De ce moment, ses collaborateurs ont perdu leurs repères habituels : on coupe, on ne coupe pas ? D’où le loupé de la colonnette appartenant à l’architecture du palais, qui aurait du normalement réapparaitre sous les barreaux du lit"...
 
L’avis (symbolique) d’un historien d’art : "dans ce genre de scène, l’important est de séparer et de singulariser fortement les deux espaces : d’un côté celui de la terre avec les protagonistes de l’histoire, de l’autre celui du ciel avec l’intervention providentielle - la sphère divine.
L’univers de Charlemagne a une assise au sol nette et prononcée - les pieds du lit. Au contraire, saint Jacques ne doit pas toucher terre - à l’image du Christ de la résurrection que l’on voit souvent évoluer en apesanteur quelques centimètres au dessus du sol.
Il faut donc bien comprendre que la figuration de l’empereur couché et l’apparition du saint de Compostelle ne sont pas du même ordre, puisque l’une est naturelle et l’autre surnaturelle. Entre les deux, il y a collage, avec une limite bien définie. Si la colonnette ne se continue pas, c’est qu’elle n’appartient pas au palais terrestre de Charlemagne : l’architecture du haut de la scène figurerait plutôt la Jérusalem céleste - soit le palais de Saint Jacques.